Largement relayée dans les médias, une cagnotte Leetchi, mise en place pour soutenir les cheminots par un collectif d’intellectuels mené par le sociologue Jean-Marc Salmon, a explosé les compteurs. Lancée le 23 mars, elle totalise un mois plus tard 927 000 euros de dons destinés aux cheminots, et ne cesse de croître. “Nous avons de la sympathie pour les cheminots grévistes. Ils défendent un de nos biens communs. […] Il importe que le mouvement puisse durer. Nous soutiendrons financièrement les cheminots », expliquent les initiateurs de la cagnotte sur Mediapart.

Jean-Marc Salmon et les syndicats se sont mis d’accord sur la meilleure façon de distribuer cet argent : il ira à une association créée pour l’occasion par l’intersyndicale (CGT, UNSA, Sud et CFDT). Les statuts de l’association ont déjà été déposés “mais il faut attendre de recevoir le récépissé qui sera envoyé par la préfecture” pour débloquer les fonds, explique Jean-Marc Salmon, joint par France 24, qui espère que cela pourra se faire “au cours de la première semaine de mai”. Ainsi, “aucun syndicat n’aura plus qu’un autre la mainmise sur la cagnotte. Elle sera gérée dans l’unité, et nous (les syndicats) en sommes fiers”, se réjouit Fabien Dumas, membre du bureau fédéral de Sud.

Ensuite, l’argent de la cagnotte viendra aider les grévistes qui en feront la demande, détaille Fabien Dumas. “À priori, l’indemnisation se déclenchera à partir du quatrième jour de grève, pour ceux qui en feront la demande. L’argent ira à tous les grévistes, qu’ils soient syndiqués ou non”, précise-t-il.

À l’heure qu’il est, il reste sept jours avant que la cagnotte ne s’achève et dépasse, peut-être, le million d’euros. La grève, elle, pourrait durer plus longtemps. Les fonds déjà récoltés sont insuffisants, fait remarquer Anasse Kazib. Le délégué Sud-Rail à Paris-Nord, contacté par France 24, se livre à un rapide calcul mental : avec un taux de grévistes qui oscille désormais autour de 20 %, contre 33,9 % le premier jour, la mobilisation concernerait près de 30 000 des 148 000 employés de la SNCF. À cette échelle, un million représenterait 33 euros par personne.

Chaque jour de grève coûte, lui, un trentième du salaire mensuel. Cela représente 70 euros bruts pour les premiers salaires de la grille, en 2016. Autrement dit, à l’heure actuelle, la cagnotte permettrait de compenser une seule demie journée de grève pour les salaires les moins élevés. Or au total, des préavis de grève ont été déposés pour 36 journées de mobilisation.

Chez les adhérents de Sud Rail, où l’on a déposé un préavis reconductible et où les grévistes sont davantage mobilisés, les difficultés pourraient arriver plus rapidement. « Cela fait un mois que je fais grève. Heureusement, j’ai de l’argent de côté, confie Fabien Dumas. Mais les agents du matériel, les ‘qualif B’ comme on les appelle (parmi les bas salaires évoqués plus haut, NDLR), eux n’ont pas d’économies, ils ont déjà du mal. » « Ma compagne fait aussi grève donc on est doublement affectés, ajoute Anasse Kazib, lui aussi chez Sud Rail. On annulera ce qui est secondaire. S’il faut annuler les vacances d’été, on le fera. »